Lettre de conjoncture n°7

Lettre de conjoncture n°7

Dix ans après.

Automne 2008 : faillite de la banque Lehman Brothers. La tempête financière atteint son paroxysme. Il est simple d’analyser après coup les facteurs qui ont conduit le monde bancaire et financier et par conséquent le monde économique à une crise majeure en ce début de XXIe siècle. Tout a déjà été dit sur les « subprimes» .

Les banques centrales ont alors unanimement lancé une politique monétaire visant à rétablir un équilibre fragile. Elles ont inondé le monde de liquidités visant à maintenir ainsi la solvabilité des acteurs économiques (Etats et banques). Cette abondance de liquidités a servi principalement à la valorisation d’actifs financiers. Cette explosion de la valorisation de certains actifs a créé une « bulle » sur les marchés financiers.

L’argent facile résultant de la baisse des taux d’intérêts a permis aux Etats, aux entreprises et aux ménages de s’endetter sans que le poids de cette dette ne devienne problématique à court terme.

Ainsi le montant de la dette mondiale atteint aujourd’hui le montant vertigineux de 164.000 Mds$, soit deux fois plus que le PIB mondial annuel. Cette dette est en théorie soutenable si la croissance reste durable. Or, dans de nombreuses régions la croissance reste faible (Japon, Europe). La remontée des taux d’intérêt prônée par les banques centrales afin de normaliser la politique monétaire constitue un risque majeur.

Certains observateurs maintiennent une vision optimiste d’une économie mondiale tirée par la bonne santé des Etats-Unis. Les allègements fiscaux mis en place par l’administration Trump ont un impact très positif sur la croissance américaine qui caracole à un rythme de 4% par an avec une situation de plein emploi. L’économie américaine tourne désormais à plein régime. Le secteur des services est plus particulièrement dynamique alors que le secteur manufacturier accuse un léger recul en octobre ; la progression de la demande domestique soutient l’activité.

Toutefois quelques signes de faiblesse commencent à apparaître comme l’investissement qui ralentit et l’immobilier résidentiel qui baisse depuis trois trimestres. Ainsi, les ventes de logements neufs sont tombées au plus bas depuis deux ans, signe qui démontre que la hausse des taux conjuguée à la hausse rapide des prix des biens pèsent sur le marché immobilier américain.

L’inflation immobilière à laquelle on a assisté au cours des dernières années, a enrichi les propriétaires mais force les actuels acquéreurs à s’endetter davantage et à consacrer une part plus importante de leurs revenus pour le financement de leur logement.

Par ailleurs, le pouvoir d’achat des consommateurs américains risque d’être affecté par la guerre commerciale menée par Donald Trump. Les prix des biens de consommation importés de Chine ou d’Europe vont augmenter sans que le citoyen américain ait la possibilité de trouver des produits « made in America » de même nature, les fabrications domestiques de certains biens ayant été abandonnées ou délocalisées.

Cette baisse de pouvoir d’achat sera d’autant plus durement ressentie par le consommateur américain que la hausse des salaires n’est pas généralisée dans les entreprises. La consommation qui tire aujourd’hui la croissance américaine pourrait fléchir dans les prochains mois.

Depuis le début du mois d’octobre, les marchés financiers s’inquiètent et accusent pour la plupart d’entre eux des baisses proches de 10%. Pour autant, les craintes des intervenants sont multiples et parfois opposées. Certains redoutent une accélération inflationniste conduisant à un durcissement des politiques monétaires des banques centrales, d’autres se focalisent sur la guerre commerciale qui pourrait conduire à un effondrement de la croissance mondiale plus rapide qu’anticipé et nombreux sont ceux qui craignent des facteurs géopolitiques comme la poussée des mouvements populistes (Hongrie, Italie, Brésil…). Le Brexit est également anticipé comme pouvant entraîner un fort ralentissement de la croissance de l’économie britannique et par voie de conséquence de l’Europe.

En Allemagne, la crainte d’une déstabilisation du pays sur le plan politique se traduit par l’affaiblissement du pouvoir d’Angela Merkel ou encore sur le terrain économique, la situation délicate de la Deutsche Bank ne laisse pas d’inquiéter.

Tous ces éléments alimentent le doute et le risque augmente sur les marchés émergents et occidentaux favorisant un maintien des taux longs sur leur niveau actuel par le phénomène de « fly to quality » sur les marchés obligataires.

Nombreux sont désormais les économistes qui s’accordent pour reconnaître qu’une crise financière pourrait se déclencher dans un horizon plus ou moins proche mais que les facteurs qui enclencheront cette crise sont à ce jour difficiles à évaluer.

Il s’agira probablement d’un alignement de plusieurs risques : ralentissement de la croissance, charge de la dette insoutenable, bulle des actifs financiers.

La volatilité s’est tendue de manière importante récemment et connaît un très fort accroissement, mesuré par son indice « VIX ». L’indice de la peur retrouve ses plus hauts niveaux sur les cinq dernières années. Tous ces nuages qui s’accumulent sur les marchés financiers, s’ils éclatent auront des répercussions sur l’économie mondiale. La prudence est donc plus que jamais de mise sur les marchés.

Laisser un commentaire